• SportsTahiti MAG’ : Une école de Va’a Taie pour renouer avec la navigation traditionnelle

    ©TahitiZoom-VaaTaieTautoru

    Samedi 8 Juin 2019Teiva Véronique, 35 ans, multiple champion de Polynésie et d’Océanie en voile, navigue depuis sa plus tendre enfance sur les lagons du fenua. Sa passion pour la navigation mais aussi pour sa culture, l’a ensuite amené à rejoindre les associations Faafaite et Va’a Ta’ie Tautoru avec lesquelles il participe à remettre au goût du jour les préceptes de la navigation traditionnelle. Très prochainement Teiva, qui s’est associé avec deux amis, devrait ouvrir son école de pirogue à voile pour transmettre aux futures générations ce savoir hérité de nos tupuna.

    C’est à PRISM, incubateur de start-up de la CCISM, que nous rencontrons Teiva Véronique. Ce dernier travaille et peaufine maintenant depuis plusieurs mois avec Benjamin Prioux, et Manarii Poulain, ses deux amis et associés, son projet d’école de pirogue à voile. Et sur la voile, on peut dire sans trop se mouiller que Teiva en connaît un rayon. Il découvre la voile et la navigation à 6 ans et accroche tout de suite à la discipline. Par la suite, en optimiste, en planche à voile, et en hobie cat, il déroche plusieurs titres de champion de Polynésie et d’Océanie, et participe également à plusieurs Championnats du monde.

    Par ailleurs il devient également moniteur de voile et décroche un poste de cadre technique au sein de la Fédération Tahitienne de Voile.

    Mais depuis trois ans maintenant Teiva se consacre à la navigation traditionnelle à bord de pirogues à voile. « Je me suis rendu compte que très peu de gens naviguent aujourd’hui sur les pirogues à voile, pourtant ça fait partie de notre patrimoine culturel et historique », explique le champion. D’où sa motivation d’ouvrir très prochainement une école de pirogue à voile.

    Teiva Véronique (à droite) est à l’origine de ce projet d’école à voile. Il s’est associé avec Manarii Poulain (au centre) et Benjamin Prioux (à gauche).

    Teiva comment t’es venue l’idée de créer une école de pirogue à voile ?

    « Aujourd’hui, la voile est plus associée à un sport qui vient de l’étranger, qui est assez fermé et qui ne s’ouvre pas assez à la population. D’ailleurs, quand j’étais cadre technique à la Fédération j’ai réalisé un audit sur la pratique de la voile au fenua. Je me suis rendu compte que ce sport était très peu pratiqué, et qu’il était pratiqué par une population non polynésienne. Face à ce constat et pour continuer à travailler dans un domaine qui me passionne, moi et mes associés, on a décidé de monter notre école de pirogue à voile qui va aller vers les gens, et leur donner envie de naviguer. Et puis pourquoi pas faire naître des vocations chez certains, tant au niveau sportif avec les régates que nous allons organiser, qu’à un niveau professionnel. »

    « On compte commencer à donner les premiers cours en avril, ou mai en particulier avec des écoles »

    Où en est le projet d’école à voile ? A quand les premiers cours ?

    « On a vraiment commencé à monter le projet d’école de pirogue à voile avec mes deux autres associés en septembre 2018. Et aujourd’hui on est sur la phase de financement. On essaye de demander aux banques, à la Sofidep, à la DGAE, et aussi à des contributeurs sur internet pour financer la construction des pirogues. On pense en faire construire 5 pour les débuts. On aura alors une capacité d’accueil pour une classe entière, puisqu’on pourra mettre 5 personnes par pirogue. On compte commencer à donner les premiers cours en avril, ou mai en particulier avec des écoles. La semaine on proposerait alors des cours quotidiens aux écoles dans un but pédagogique et culturel. Bien sûr on proposerait aussi nos services à des particuliers qui veulent apprendre à naviguer, les mercredis et vendredis après-midi et puis les samedis matins. La particularité de notre école c’est aussi qu’elle sera nomade. Toutes les 7 semaines on change de commune pour permettre à un maximum de personnes d’avoir accès à cet outil. Les associations des communes pourront monter des projets autour de la discipline. On a déjà eu des touches avec pas mal de municipalités et c’est quelque chose qui se profile bien. »

    Comment est-ce-que ton projet a été accueilli ?

    « Au début c’était assez difficile, parce que la grande majorité des personnes que l’on rencontrait pensait d’abord qu’on était là pour leur demander de l’argent. Mais dès qu’ils ont compris qu’on était là pour avoir des infrastructures pour les mises à l’eau, les communes que nous avons rencontré ont répondu très favorablement. Cela fait une activité en plus à proposer, qui plus est une activité nautique et ils ont besoin de ce genre de projet pour dynamiser leur population. »

    Même si on n’a jamais navigué de sa vie, on peut venir et apprendre au sein de ton école ?

    « L’école sera ouverte pour tous les niveaux, du débutant aux navigateurs les plus expérimentés. On reçoit le public à partir de l’âge de 9 ans. L’objectif est que chacun puisse naviguer et devienne autonome. Après ce sera aux personnes de voir si elles veulent pratiquer à un niveau compétitif, ou si elles aspirent à quelque chose de plus récréatif. »

    Qu’est-ce-qu’il y a de particulier lorsque l’on navigue avec une pirogue à voile ?

    « Il y a d’abord le rapport aux éléments qui est complètement différent. Quand on est sur un catamaran moderne on s’occupe et s’appuie beaucoup sur la technologie, sur l’électronique qu’il y a à bord. Quand tu es sur une pirogue à voile tu ne peux compter que sur l’observation des éléments, comme le soleil, les étoiles, la lune, le vent, la houle, les oiseaux, la température de l’eau. Tous ces paramètres sont mis en avant. Quand on est sur une pirogue à voile c’est vraiment le moment de s’évader. Après, il y a aussi le rapport avec l’humain. On a remarqué que lorsque l’on naviguait dans les îles, c’est toujours un événement quand une pirogue à voile arrive. Il y a un meilleur contact qu’avec un voilier moderne. »

    « Quand tu es sur une pirogue à voile tu as des sensations que tu ne ressens pas sur un va’a »

    Quelles sont les similitudes de la pirogue à voile avec la pratique du va’a que l’on connaît aujourd’hui  ?

    « Evidemment, il y a une grande part de navigation traditionnelle, axée sur le vent et la voile. Après on s’appuie aussi sur une rame pour diriger la pirogue, comme un « peperu » (barreur) sur un va’a. Et on peut également se propulser encore plus vite avec des rameurs. En mode sportif, on a donc besoin de bon rameur pour faire avancer le plus vite possible son embarcation et si on est plus en mode découverte, balade ou excursion on peut juste laisser le vent faire le boulot. Après quand tu es sur une pirogue à voile tu as des sensations que tu ne ressens pas sur un va’a. Par exemple au niveau de la glisse, sur un Va’a ono (V6) tu peux attraper une voire deux vagues. En pirogue à voile tu en prends cinq, six, huit parce que tu es tout le temps aidé par le vent. Quand on ressent cette glisse, et même des rameurs peuvent en attester, on veut y retourner pour y gouter encore. »

    Au niveau compétitif qu’est-ce-qui se fait aujourd’hui sur le fenua pour la discipline ?

    « Sur ce style de pirogue les premières courses ont commencé en 2016. Et donc aujourd’hui on a les Championnats de Polynésie, on a aussi instauré la traversée entre Tahiti et Bora-Bora qui s’appelle Hawaki Nui Voyage. Et pour 2019 on continue le Championnat de Polynésie qui se tient de mars à septembre avec plusieurs étapes. On fait Pointe Vénus jusqu’à Moorea, Tautira jusqu’à la Pointe Vénus, puis de là on part à Tetiaroa et on revient à Moorea. La Hawaiki Nui Voyage se transforme par contre cette année en Championnat du monde. En novembre 2019, on aura entre 10 et 15 pirogues à voile sur la ligne de départ, avec la participation de plusieurs pays comme Hawaii, la Nouvelle-Zélande, les Etats-Unis et aussi quelques équipages d’Europe. En plus de notre objectif local, on souhaite également la pratique de la pirogue à voile sur la scène international. Cela va venir petit à petit. »

    Les participants de ces courses, est-ce qu’ils viennent principalement du monde de la voile et de la navigation, ou est-ce-qu’il y a des rameurs purs également qui tentent l’aventure ?

    « Souvent ce sont des vétérans du va’a qui sont « fiu » de se faire mal en va’a et qui s’achètent une pirogue à voile. Ils apprennent ensuite les rudiments de la navigation sur le tas. Ça m’est arrivé plusieurs fois de les aider et de les conseiller dans leur progression. Mais on est quand même sur des techniques très proches du va’a. Il faut juste franchir le pas. Par exemple, Georges Cronsteadt a une pirogue à voile et a déjà participé à des régates. Sans expérience à la voile, il arrivait quand même à être bien placé, et à savoir comment bien naviguer avec la pirogue. »

    Heimata Teiho

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