• SportsTahiti MAG’ : Rencontre avec Raihau Maiau, champion de France du saut en longueur

    Vendredi 23 Février 2018 – Raihau Maiau est né le 1er août 1992 à Moorea, cet athlète polynésien est spécialiste du saut en longueur. Le 16 juillet dernier, Il a été sacré champion de France « Elite » de cette spécialité avec un bond à 8m22. Le vent étant trop favorable ce jour-là, sa performance n’a pu être homologuée et n’a donc pas pu participer aux championnats du monde de Londres le mois suivant. Derrière cette incroyable performance se cache un mental d’acier. En effet, en avril 2016, Raihau est victime d’une rupture du tendon d’Achille et a du arrêter la compétition durant plus d’un an. Sportstahiti est allé à la rencontre de ce champion hors norme.

    Présente-toi en quelques mots :

    « Je m’appelle Raihau MAIAU originaire de Haapiti à Moorea. J’ai 25 ans et je suis étudiant en master 2 staps spécialisé dans l’entraînement et l’optimisation de la performance sportive à Toulouse. Et je suis le tout nouveau champion de France de saut en longueur. »

    Comment t’es venue cette passion pour le saut en longueur ?

    « Pour moi une passion ça se construit… Je pense en premier à ma famille qui m’a toujours inculquer des valeurs compétitives notamment la base. Mon père est un sportif accompli. Etant le dernier enfant de la famille, cela m’a toujours donné des objectifs plus élevés souvent mêmes trop élevés… je pense notamment à mon grand frère qui a dû me trimballer partout étant enfant. Du coup, j’ai découvert l’athlétisme sur piste assez tard, en 2009, poussé par mes professeurs de sport du collège de Paopao. Pour l’anecdote, c’était au départ un moyen pour moi de rater les cours et de me balader en ville avec les collègues… puis sont venues les premières sélections tahitiennes pour les Oceanias, la pacific school games, les Jeux du Pacifique… Jusqu’au jour où j’ai eu la chance d’obtenir un « scholarship », bourse pour intégrer le centre de performance de OAA  (Océanie Athletics Association) c’est à ce moment là que ma passion pour l’athlétisme et notamment le saut en longueur à débuter. A la base, j’étais sprinteur et sauteur. La spécialisation est vraiment venue tardivement. Le fait d’enchaîner les victoires ou les échecs au pied du podium te poussent vraiment à t’intéresser à tous les facteurs qui composent ta performance. Savoir qu’un simple saut peut être tellement complexe et nécessite vraiment de s’impliquer à fond pour s’améliorer, c’est d’ailleurs ce facteur technique qui est aussi l’un des facteurs qui à construit ma passion pour le saut en longueur. »

    Quels souvenirs gardes-tu de ton énorme performance en remportant le championnat de France de saut en longueur avec un saut à 8m22 ?

    Je l’ai attendue longtemps cette victoire, et je n’aurai jamais cru que cela se passerai dans l’année de reprise de ma blessure ! Incroyable !!! C’était un peu une victoire inattendue mais aussi un peu de frustration car ce saut aurait pu me qualifier au championnat du monde à Londres, malheureusement le vent était un peu trop favorable. Cependant cela reste un grand soulagement surtout après un retour de ma grave blessure. Cela est très réconfortant…

    Quels sont tes objectifs, suite à ce titre de champion de France ?

    Mon année de reprise, c’était de la folie !!!! Après ce titre, direction La Côte d’Ivoire pour un premier titre de champion des jeux de la francophonie et une première marseillaise… Dans la lancée une qualification au championnat du monde universitaire (universiade) pour une belle troisième place et finir par le Décanation réunissant l’élite française pour un match par équipes ou l’on fini sur la deuxième marche du podium! Phouuu quelle année remplie de rebondissements. Sinon pour répondre à la question, l’objectif principal de cette année est de se conforter dans les minima de sélection de 8m20 afin de se débarrasser de ce poids de performance requise.

    Tu as été blessé avec une rupture du tendon d’Achille gauche, comment as-tu vécu cette période ?

    J’ai vécu ça très mal ! Mais j’ai eu la chance d’être vraiment bien accompagné dans le processus de guérison. J’ai intégré le centre européen de rééducation de cap breton ou j’ai pu être suivi physiquement mais aussi psychologiquement.

    Comment fait-on après une grave blessure pour revenir au haut niveau ?

    C’est un lonnnng chemin ! Il faut garder la motivation à tout prix et être patient. « Jeter » tes anciennes sensations d’appui et de performance pour avancer et construire de nouvelles bases kinesthésiques et proprioceptives, en gros t’habituer à ton nouveau toi… J’ai essayé de prendre la rééducation comme un challenge, je me fixais des petits objectifs de travail dans la rééducation, dans la nutrition. Ma mère m’a toujours dit « sois sérieux dans les petites choses et tu le seras aussi dans les grandes. »

    Où en es-tu physiquement ?

    On vient de finir un gros travail de foncier, donc c’est un peu dur en ce moment mais comme on dit  » plus dur est l’entraînement, plus facile sera la compétition »! Pas de blessures ni de gênes donc tout va bien !

    Quels conseils donnerais-tu aux jeunes ?

    Amusez vous ! Le sport permet de se dépasser, de gagner en confiance, de s’amuser, de maigrir ou même de juste vouloir se vider la tête ! Mais le principal c’est de se sentir bien dans son corps et de profiter de la vie et des choses que l’on aime.

    Comment fait-on pour être un grand champion comme toi ?

    Je suis loin d’être un grand champion… mais si tu veux faire des performances sportives, sois motivé ! Mets toi un objectif et il faut que chaque chose que tu fasses dans la journée, même si c’est un dimanche, te rapproche de celui-ci. Entraîne-toi car quand tu fais rien certains le font. Donne toi à fond et prend un bon coach qui sait ce qu’il fait. Un bon partenaire d’entraînement qui te suit dans la douleur. D’ailleurs, un grand big up Namataiki Tevenino. Et tout le reste suivra.

    Un dernier mot ?

    Vous pouvez suivre mes performances et certains exercices d’entraînement sur mon Instagram « raihau_maiau » et écrivez votre propre histoire ! Tahiti à un gros potentiel sportif mais il faut le cultiver ! Big up à toute ma famille que je ne remplacerai pour rien au monde, asics, mon coach, le CA Balma mon club et plug bodyboard et ne pas oublier de regarder « ONE PIECE ». Les vrais connaîtront la puissance de ce manga. Bisous spécial à Maureen, ma frangine chérie et à Niko qui me soutiennent sans relâche. Sans oublier les meilleurs Akevai et Meheata.


    3 questions à Dominique Hernandez : L’entraineur de Raihau Maiau

    Comment êtes-vous devenu l’entraineur de Raihau Maiau ?

    J’ai eu la chance et l’honneur d’être invité avec mon épouse à encadrer à plusieurs formations d’entraîneurs organisées par la présidente de la Fédération Polynésienne Titaua Maurin, qui nous a demandés ensuite de préparer et d’encadrer les jeux du Pacifique en 2007 et 2011 et c’est d’ailleurs sur ces derniers que Raihau a terminé sur le podium. Dany Vicente puis Titaua m’ont demandé si j’avais la possibilité de l’accueillir sur Toulouse pour d’une part l’entraîner et d’autre part gérer son double projet étude-entrainement (Raihau est actuellement en master2 à l’université Paul Sabatier). Je profite de cette occasion pour les remercier de m’avoir fait confiance.

    Quel a été votre rôle durant sa période de rééducation après sa grave blessure ?

    L’accompagner au maximum pour lui permettre de se relancer. Sa blessure est arrivée 3 mois avant les JO qui étaient l’objectif principal. Le soutien de ses camarades de l’équipe de France a été primordial et à l’origine de son processus de relance. De même, blessé le matin lors d’un stage, il était opéré en fin d’après-midi où le médecin qui le suit à l’année et le chirurgien qui l’a opéré ont effectué un travail remarquable. Le long processus de rééducation (CERS Capbreton, travail à Tahiti, puis retour sur Toulouse) a été basé dès le début sur les fondamentaux nécessaires pour sauter loin en longueur. Tout l’entrainement a été orienté sur ces principes en délaissant le travail foncier habituel. Etre à ses côtés durant cette période et étant conscient qu’il n’était pas abandonné au niveau national associé à une très grande ambition lui ont permis de tracer son chemin pour essayer de revenir puis de réussir.

    Parlez-nous de son potentiel, jusqu’où peut-il aller ?

    Je n’aime pas fixer de limites… Simplement pour situer, j’ai eu la chance d’entraîner Emmanuel Bangué (4ème aux JO d’Atlanta, 8m25) pendant une petite dizaine d’années et avant sa blessure Raihau était largement supérieur à Manu sur les situations pédagogiques dont je me sers pour évaluer son niveau d’entraînement. Sur la saison dernière pour son retour sur une blessure aussi grave, j’avoue que les performances réalisées, la régularité affichée (5 sauts à plus de 7m90) et ses performances en championnat (français et internationaux) m’ont confirmé sa valeur et son niveau. L’objectif affiché est d’être performant à Tokyo ; pour cela le DTN m’a demandé d’ouvrir un centre national d’entraînement en longueur sur le CREPS de Toulouse pour accompagner et permettre à Raihau de s’épanouir et de réaliser ses rêves.

    Retrouvez le SportsTahiti MAG’ #4 ici

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