• SportsTahiti MAG’ : Marere Tahiti, « le bois, c’est l’âme de mes rames. »

    Vendredi 13 Avril 2018 – En seulement trois ans, la marque de rame « Marere » s’est fait un nom dans le monde entier. Sa marque de fabrique : le travail du bois. Kévin Holozet, propriétaire de l’atelier a racheté cet atelier par amour du bois. Passionné de va’a, il s’est tout naturellement dirigé vers la conception et la fabrication de rames. Aujourd’hui, Marere c’est cinq salariés à temps plein pour un rendement de 60 rames par semaine distribuées dans plus de 20 pays dans le monde. Mais surtout, Marere, c’est le sponsor d’une des équipes les plus prometteuses du moment, le Team Tubuai. Rencontre avec le shaper menuisier, Kevin Holozet.

    Comment es-tu devenu fabricant de rame ?

    C’est plus une passion qu’un métier. On dit toujours qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie, mais ce n’est pas facile. Moi j’y suis arrivé, je suis passé de rameur par passion à shaper par passion. Au début, je ramais après j’ai eu l’opportunité d’acheter cet atelier. C’est plus une passion pour le bois à la base. Après pour le shape de rame, j’ai complètement appris sur le tas, surtout que je suis commercial de formation. »

    Pourquoi est-ce qu’on associe souvent Marere au Team Tupuai ?

    Quand j’ai démarré dans le milieu, j’ai voulu grandir avec une équipe qui était en plein développement. C’est pour ça qu’avec le Team Tupuai, on s’est choisi mutuellement. Avec Billy Tupea et ses rameurs, on a commencé tout en bas et aujourd’hui on arrive à de bons résultats. »

    Le fait d’être aussi rameur cela t’aide dans ton travail ?

    Oui ça aide forcément parce qu’à l’époque je ramais avec des rames qui avaient été pensées par d’autres personnes, par les constructeurs. Aujourd’hui, je peux mettre en pratique les idées que j’avais à l’époque sur mes produits. C’est comme cela que l’on fait avancer l’industrie du va’a. Pour la petite histoire, auparavant, les rames n’étaient qu’en bois. Puis, tout le monde est passé au carbone. Mais la propriété que ce matériau n’a pas c’est la flexibilité. C’est pourquoi ici, nous avons gardé le bois, mais aussi ajouté des matériaux composites pour retrouver la légèreté, la flexibilité et la résistance. »

    Le bois c’est ta marque de fabrique. C’est important de garder ce matériel dans tes produits ?

    Oui c’est très important de garder au moins 50% de bois. C’est l’âme de mes rames. Je pense que c’est indispensable à la performance. Ça ne s’applique pas qu’aux rames d’ailleurs. On a également créé un « iato » en matériaux composites ultra résistant, souple et qui avoisine le poids des matériaux en carbone sur le marché et ça c’est parce que on y a intégré du bois. Mais après on ne reste pas strictement sur le traditionnel et le culturel, on évolue avec les matériaux qui existent aujourd’hui pour faire des rames performantes. »

    Comment crées-tu tes nouvelles rames ? Où trouves-tu ton inspiration ?

    On tourne avec un groupe de rameurs confirmés. On s’échange des idées. Des fois ça vient comme ça dans la nuit, j’ai de l’inspiration et j’essaie de mettre en pratique mes idées dès le lendemain. Après, je m’entoure bien, j’ai des conseillers. On travaille à plusieurs. J’ai un prestataire qui me propose ses design etc… »

    Quels matériaux utilises-tu ?

    On utilise du carbone, du foam, du « s.glass », différentes essences locales de bois comme le « purau », ou du bois étranger comme le « kaori ». Beaucoup de résine epoxy, de la colle également. »

    Que penses-tu du développement du marché de la rame en polynésie et à l’étranger ?

    Le va’a et le marché de la rame ont beaucoup évolué ces dernières décennies. À l’époque, on était plutôt sur des rames traditionnelles avec des modèles bien précis de grandes tailles. C’était des tailles relatives à nos ancêtres, des géants. Les rames étaient exclusivement composées de bois également. Aujourd’hui, on s’adapte aux coups de rames contemporains : les rames sont moins larges et plus courtes. De nos jours, il y a plus de compétitions et ça touche plus de pays. On a de la chance d’avoir les championnats du monde ici à Tahiti. C’est un bon tremplin pour mon entreprise. Ça me permet de me faire connaître. »

    Est-ce que les rames de Tahiti sont considérées comme les meilleurs au niveau international ?

    Je vais être chauvin, je vais dire oui ! Parce qu’on a toujours autant d’engouement aussi bien sur le marché local que sur le plan international. Même si on sait que certains des modèles tahitiens ont été copiés en Chine, ou dans d’autres pays, on arrive quand même à garder la majeure partie du marché. Et je pense que le côté « made in Tahiti » plaît bien aussi. Je pense que tant qu’ici à Tahiti on sera au top au niveau du va’a, le marché du va’a se portera bien. »

    Un conseil aux jeunes qui voudraient se lancer dans le métier ?

    Il faut savoir que concevoir et fabriquer des rames, c’est beaucoup de boulot. Ce n’est pas facile. On travaille toujours avec le bois, on a de la sciure partout sur nous tout le temps. Il faut aimer « manger la poussière » tous les jours. Dans mon entreprise, tout le monde est spécialisé chacun à son rôle on divise les tâches en fonction des étapes de conception, donc faire tout tout seul c’est compliqué. Après c’est beaucoup d’investissement aussi bien au niveau personnel, qu’au niveau financier. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Mais si la motivation est là tout est possible. Il faut essayer. »

    Tous les portraits des sportifs sont à retrouver sur www.sportstahiti.com.

    D.CCC

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