• SportsTahiti MAG’ : Jean-Luc « SUPER AITO» Eychenne

    Vendredi 1er Février 2019 – Dans le monde du vaa, il y a un nom que l’on ne peut dissocier de ce sport ancestral : Jean-Luc EYCHENNE. En effet, né à Toulouse en 1963 marié, père de trois filles, rien ne le destinait au vaa. Brevet d’état de Tennis, champion de ski durant sa jeunesse, il se passionne très rapidement pour le sport roi en Polynésie, le vaa. Arrivé à Huahine en 1992, pour des vacances avec sa femme Mathilde, ce couple fort sympathique tombe sous le charme de cette île. Après un retour en métropole, c’est en 1994, qu’il décide revenir sur Huahine pour soigner une blessure au genou. Sa femme et lui ne partiront plus…

    C’est avec le club de Fare ara que Jean-Luc fait ses premières armes dans la rame. Avec un style atypique, il est très vite moqué par ses pairs. Mais Jean-Luc est un acharné et ne dit rien, apprend, s’entraîne et surtout progresse. Après moins d’un an de pratique, il réussit même l’exploit de faire le meilleur temps lors d’une évaluation. Evaluation qui consiste à faire un parcours en V6 avec un seul rameur et un barreur qui n’a que pour rôle de diriger la pirogue. Une évaluation qui permettait d’obtenir sa place pour la toute première édition de la Tahiti nui Va’a, nous étions en 1995. Etant tout nouveau et de plus étant « popa’a » l’entraîneur de l’époque fit le choix de ne rien dire mais de le mettre remplaçant. Un des rameurs tomba malade et c’est avec une immense joie que Jean-Luc fit sa première course officielle en prenant place sur la mythique baleine, pirogue fétiche de Fare ara. C’est d’ailleurs durant cette course que naissait sa première fille Iloha. Fare ara finissait sur le podium en prenant une très belle deuxième place. Et pourtant cette année là, Fare ara faisait un meilleur temps cumulé sur les trois étapes mais le grand Faa’a remportait l’épreuve aux points, le règlement étant ainsi fait.

    L’année suivante, en 1996, voyait la consécration ultime de Fare ara avec la première victoire d’un club des îles à la grande course du Hawaiki nui va’a. Et Jean-Luc faisait partie de l’aventure en faisant les trois étapes…

    C’est en 2000 que Jean-Luc Eychenne démontra que le sport ancestral qu’est la pirogue polynésienne n’est pas l’apanage d’un Polynésien. En effet, il remporta cette année là le « Super Aito » et devient par la même occasion le seul « non-polynésien » à remporter cette grande course en pirogue individuelle. Pour l’anecdote, il détient le record sur le parcours Temae-Pointe Vénus effaçant des tablettes la légende du Va’a Lewis Laughlin. Un record qui n’est pas prêt de tomber puisque le parcours changea l’année suivante.

    En 2003, avec la montée en puissance de jeunes aux dents longues, Manutea Owen, Maitai Danielson, Timiona Fareoiti et le vétéran Jean-Luc Eychenne, Fareara revenait sur le devant de la scène avec une victoire sans contestation possible au Faaati Moorea devant Pirae Va’a mobil et Shell Va’a avec le record de l’épreuve à la clé. C’est en favori que l’équipe de Huahine s’élançait pour la Hawaiki nui vaa 2003, une édition que Fareara remportait brillamment et inscrivait pour la deuxième fois son nom au palmarès de cette mythique course.

    C’est en 2006, que Jean-Luc Eychenne et quelques copains décidèrent de créer Matairea Hoe. Un club toujours bien placé dans les grandes courses auxquelles il participe. Jean-Luc étant devenu le vétéran en or de cette équipe en effet il fit plusieurs podium durant le Hawaiki nui va’a en ayant plus de 50 ans, un sportif à la longévité inégalée.

    En 2018, il continue de graver sa légende en devenant avec une équipe de vétéran de Huahine, champion du monde marathon. Après cet énième exploit, Jean-Luc nous a fait savoir qu’il avait décidé de mettre le va’a un peu entre parenthèse. Comme le veut l’adage, chasse le naturel, il revient au galop… Jean Luc s’est occupé de la préparation des équipes de collège de Huahine pour la dernière Eimeo Race.

    C’est dans son spot de location de bateau situé dans le village de Fare, que ce grand champion a bien voulu nous recevoir et répondre à quelques unes de nos questions…

    Présente-toi en quelques mots ?

    « Eychenne jean luc né a toulouse en 1963, je suis marié et père de 3 filles 23, 20 et 7 ans qui sont nées à Raiatea. Je suis prestataire de service à Huahine dans le domaine du tourisme et éducateur va’a au sein du collége de Fare. J’adore et je pratique quelques sports de glisse et aquatique au quotidien c’est mon équilibre et mon hygiène de vie. »

    Comment et pourquoi as-tu décidé de venir t’installer en Polynésie et particulièrement à Huahine ?

    « C’est en 1992 que je passe 2 semaines à Huahine, c’est la 1ére fois que je pose les pieds en Polynésie lors d’un voyage surf tour du monde avec Mathilde ma future épouse. J’y reviens 1 an plus tard pour cicatriser d’une opération au genou car l’endroit et ses habitants nous avaient séduit. Cette fois je ne repartirai pas, j’épouse Mathilde en décembre 1994 et nous avons notre première fille Iloha en Mai 1995, c’est une blessure qui nous a ramené sur cette île et c’est une enfant qui nous y a fait rester. »

    Comment t’es venu cette passion pour le va’a ?

    « Mon genou était fragile j’étais en pleine rééducation, je ne pouvais pas surfer, ni courir, je nageais pour passer le temps. Et puis le va’a s’est présenté à moi comme la seule activité que je pouvais pratiquer. Les rameurs de Fare nui et Fare ara étaient à cette époque les deux club de la ville et je les voyais passer tous les soirs ! Ils dégageaient une telle pureté dans leur geste et leur synchronisation étaient parfaite je suis tombé en admiration devant cette pratique sportive collective et j’ai attendu mon tour pour pouvoir prendre place sur une pirogue et découvrir cette sensation de glisse et de coordination que représente le va’a. C’est grâce à Stephen Itchner que j’ai pu un soir monter sur le va’a et enfin ramer comme eux que je voyais passer tous les soirs devant mon bungalow chez Henriette.
    L’ambiance de cette époque était très différente d’aujourdhui le groupe était soudé les anciens étaient respectés, très peu de rameurs parlaient, mais l’ambiance était très fraternelle, être rameur c’était faire partie d’une « caste » qui avait ses valeurs : courage, partage et humilité. Il existait cette fierté à représenter son district et son île.
    Raymond Ah Tak est une des rencontres majeure dans ma vie d’homme et de rameur bien sûr car c’est vraiment lui qui m’a transmis la passion du va’a, le respect de son environnement, la précision du tare (capitana sur le va’a ) et la rigueur à l’entraînement . La passion c’est les rameurs de Fare Ara qui me l’on transmise. »

    Tu es le premier et le seul « non-Polynésien » à avoir remporté le prestigieux super aito, comment as-tu fait ?

    « J’ai persévéré parce que cette épreuve est symbolique pour tous les rameurs. Avec Fare Ara nous avions gagné Hawaiiki Nui 4 ans auparavant, nous étions le petit club des îles qui bouleversait les pronostics, je pense que cela a contribué à augmenter ma motivation à représenter le club et mon île. »

    Qu’est-ce que cela t’a apporté ?

    « Bien évidement énormément de joie, une certaine reconnaissance de la population de Huahine, parce que je ramenais une suprématie que le club de Fare Ara méritait à cette époque là. La chose qui m’a le plus enrichie dans cette victoire c’est la confiance que les gens ont eu en moi. Je ne suis pas né ici, je n’avais pas de passé ici et cela nous a beaucoup aidé ma famille et moi à nous intégrer. »

    Comment fait-on pour être au top niveau aussi longtemps d’autant que tu as dépassé les 50 ans depuis quelques années ?

    L’hygiène de vie est déterminante, continuer à pratiquer une activité pour se faire plaisir me semble primordiale, dés lors que l’on passe 50 ans il faut rester lucide sur ses performances, se lancer des défis personnels et se mettre des challenges sont des bons moyens pour continuer à produire de la dopamine et des endomorphines. Les attentes sont différentes à partir d’un certain âge, mais si ta motivation n’est pas entamée, que tes aptitudes sont efficaces, tu peux atteindre des niveaux de plaisir élevés plus rapidement mais moins performants dans la durée.

    Quel est ton regard sur le va’a aujourd’hui au niveau local et niveau international ?

    « Je suis admiratif du niveau technique des jeunes en va’a hoe, ils ont vraiment tout compris, ils lisent correctement le plan d’eau, maitrisent la glisse et la technique de rame. En va’a ono c’est encore plus flagrant le niveau est monté encore d’un cran, on ne peut que se réjouir de voir la jeunesse pratiquer le va’a avec autant d’enthousiasme, je suis très fan du team EDT c’est une équipe qui dégage depuis quelques années une grande maîtrise une envie de s’amuser qui donne une belle image du va’a. On peut regretter que nos jeunes ne soient pas plus sollicités par les instances fédérales pour représenter la Polynésie sur les compétitions de la planète.
    Localement, on a un noyau de forts rameurs et d’équipes très fortes, il faut donc poser les bases de notre suprématie partout ou il y a des courses majeures de va’a ono sur la planète avec des effectifs de rameurs qui tournent.
    Il faut missionner des coachs ou des cadres techniques fédéraux qui encadrent ces équipes durant leurs déplacements sur ces compétitions.
    Il faudrait se tourner vers l’extérieur échanger et s’informer.
    Il faut donner des opportunités à notre sport d’être adopter et pratiquer par d’autres populations, le va’a est polynésien c’est à nous de le véhiculer. »

    Tu t’investis beaucoup chez les jeunes, tu as d’ailleurs accompagnés une équipe à la dernière Eimeo race, qu’est ce que cela t’apporte ?

    « Cela me parait logique qu’on transmette notre savoir et qu’on les guide dans leur choix, c’est essentiel de garder le lien entre aujourd’hui et demain. J’ai plaisir à communiquer avec les jeunes, à les faire progresser, à les voir s’amuser. C’est important pour moi de me sentir utile.

    Quels conseils donnerais-tu aux jeunes ?

    « Qu’ils aient confiance en eux, et qu’ils s’ouvrent aux autres. Il faut persévérer et entreprendre même si on ne réussi pas du premier coup. L’échec est un diplôme si l’on est capable d’éviter de refaire la même erreur. »

    Un dernier mot ?

    « Allons ramer ! »

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    Delano Florh

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