• SportsTahiti MAG’ – Eddy Etaeta, « Vive le football Polynésien, A hi’o to mou’a »

    Vendredi 18 Juin 2020 – Eddy Etaeta est un nom bien connu des amateurs du ballon rond polynésien. Ancien directeur technique fédéral et sélectionneur de l’équipe de Tahiti, cet enfant de Papeete évolue maintenant à Toulouse depuis six ans.

    À cinquante ans, entouré de sa femme Heitiare et ses deux enfants Kainoa (24 ans) et Kehau (17 ans), il est devenu cadre technique régional en charge de la formation à la ligue d’Occitanie de Football. À la tête d’un réseau de 160 000 licenciés, il n’a pas hésité à sortir de sa zone de confort polynésienne pour aller côtoyer le plus haut niveau. Focus sur ce travailleur acharné, qui a décidé de prendre en main sa destinée.

    Ia ora na Eddy. Peux-tu nous rappeler dans les grandes lignes ton parcours sportif à Tahiti ?

    « J’ai joué particulièrement dans deux clubs de DH à Tahiti, dont un club de cœur et de formation, l’AS Central Sport (vainqueur de la coupe de Tahiti en 1988, 7e tour coupe de France vs Concarneau) et un club pour le palmarès sportif, l’AS Venus (Champion de Tahiti 1990, 1992, 1995, 1997, 1998, vainqueur Coupe de Polynésie 1990, 1991, 1992, 1998, 7e tour coupe de France vs Istres 1992 et Noisy-le-Sec 1995, Finaliste 1998 Coupe d’Outre-Mer vs Club Franciscain au Stade Vélodrome de Marseille)…
    Des matchs avec la sélection de Tahiti (médaillé d’or au mini Jeux du Pacifique sud 1993 au Vanuatu et Jeux du Pacifique sud 1995 à Tahiti).
    Éducateur de football à l’AS Venus (1995 à 2000), j’ai été cadre technique fédéral à la Fédération tahitienne de football (2000 à 2009) puis directeur technique fédéral (2009 à 2014) et sélectionneur des Toa Aito (2010 à 2014, médaillé de bronze aux Jeux du Pacifique sud à Nouméa 2011, Champion d’Océanie 2012 et Coupe des confédérations 2013 au Brésil). Entretemps, j’ai passé mes diplômes professionnels, BEES 1° Football, DEF – BEES 2° Football, reconnu D.E.S. maintenant. »

    Tu as ensuite décidé de partir pour la métropole pour des raisons professionnelles ? personnelles ?

    « “Ne crains pas d’avancer, crains surtout de t’arrêter.” Après quinze années à la Fédération tahitienne de football, il était nécessaire de partir pour de nouvelles aventures, pour d’autres objectifs professionnels et sportifs. C’était la décision prise pour s’exiler en France et particulièrement à Toulouse. Ma petite famille s’épanouit bien, c’est l’essentiel. »
    Que fais-tu actuellement en métropole ?
    « J’ai été nommé le 1er février 2019 comme cadre technique tégional en charge de la formation à la Ligue de football d’Occitanie. Avec mon autre collègue CTR, Bertrand DELAS, nous avons pour missions de mettre en place le schéma régional de la formation, d’organiser des formations initiales, d’encadrer les sessions professionnelles et continues, de développer les formations avec les universités et de suivre les éducateurs formés. J’ai une responsabilité pédagogique principale, c’est de développer le BMF en apprentissage, la formation des tuteurs et les formations de spécialités (Futsal, Gardien de but, Beach Soccer, Certificat Fédéral de Préparation Athlétique, football et handicaps…).
    Avec 160 000 licenciés pour 1 400 clubs dont 7 869 équipes, nous avons une moyenne de 3 500 éducateurs formés par an pour 220 formations de proximité, près de 3 850 licences techniques (tous types confondus) pour une étendue géographique de la région d’Occitanie de 73 000 km2, soit une équipe sur deux encadrée par un éducateur formé. Depuis deux ans, nous avons augmenté les sessions professionnelles – BMF traditionnel, BMF apprentissage, BMF STAPS, BEF traditionnel, BEF apprentissage… Nous sommes passés de 110 à 196 éducateurs-entraîneurs en formation professionnelle, avec aussi des formations continues « recyclage » de plus 200 entraîneurs chaque année. Beaucoup d’anciens joueurs professionnels en reconversion – Jonathan LACOUR, Stephan DE RUEDA, Geoffrey JOURDREN, Magno NOVAES, Damien PERQUIS, Cédric BARBOSA, Issou DAO, Pantxi SIRIEX… »

     

    Peux-tu nous raconter la journée type d’Eddy Etaeta ?

    « Ma journée est très chargée, je dirais même que sur un mois, trois semaines sont passées en formation de 8 h à 19 h, avec un temps de préparation en amont important pour une organisation générale qui doit être optimale pour chaque session, et des suivis en tous genres avec les tuteurs, cadres techniques, stagiaires… »

    As-tu des objectifs, des projets ?

    « Comme on dit : un homme sans vision, sans projet, sans objectif dans la vie est un homme sans destinée, car c’est l’homme qui prépare sa propre destinée. Oui, on se fixe toujours des objectifs, des projets, sur le plan familial et concernant ma carrière professionnelle.
    Sur le plan familial, nous avons créé une association polynésienne ORI HEITIARE TAHITI depuis cinq ans, avec 5 adhérents au départ, nous en sommes à aujourd’hui 118 membres, avec divers champs d’action en lien avec le tourisme culturel et l’éco-santé.
    Sur le plan professionnel, j’ai l’intention d’aller chercher le diplôme du Brevet d’Entraîneur Formateur de Football, ce qui permet d’encadrer un centre de formation agréé d’un club professionnel et un Pôle Espoirs Fédéral. »

    Ayant officié au sein de la FTF, quel regard portes-tu sur l’évolution du football en Polynésie ?

    « J’essaie, bien sûr, de suivre le football au fenua, par les résultats et les performances de nos équipes polynésiennes dans les différentes compétitions locales et internationales. J’ai vu un développement du football féminin, la mise en place de la formation Brevet Moniteur de Football et les modules de spécialités, le projet de performance fédéral pour les jeunes footballeurs… Certains diront : “Pourquoi le football polynésien ne rayonne pas suffisamment dans le Pacifique ou à l’international avec tous les moyens mis à disposition aujourd’hui ?” Je dirai que, malgré tout, il y a eu d’excellentes performances sur ces dix dernières années : deux phases finales à une Coupe du monde des moins de 20 ans en Égypte et de 19 ans en Pologne, une Coupe des confédérations au Brésil après un titre de champion d’Océanie, finalistes à deux reprises à la Coupe du monde de Beach Soccer, ce n’est pas mal, non ! On n’a jamais vu auparavant une sélection qualifiée à une phase finale de Coupe du monde ou à une Coupe des confédérations. Et puis, les autres pays du Pacifique bossent bien aussi, développent leurs structures et sont devenus des sérieux concurrents à notre football et donc performants en Océanie. »

    Sous la houlette d’Eddy Etaeta, Tahiti a remporté la Coupe des Nations de l’OFC en 2012.

     

    Quelles pistes d’amélioration pourrait-on envisager au fenua selon toi ?

    « Continuer à travailler, à se structurer… mais penser que le football, c’est aussi dans nos îles, le festival, organisé chaque année à Tahiti, est une Coupe du monde pour eux. Le football est avant tout un vecteur sociétal et donc il est aussi important d’établir des relations pacifiques entre chaque archipel, de sortir nos jeunes de cette oisiveté, de cette délinquance et de retrouver des vrais valeurs humaines, sportives et culturelles. Après, que veut-on aussi, être petit chez les grands ou être grand chez les petits ? Il est important de s’expatrier, ou de jouer à plus haut niveau, mais cela demande une préparation et du temps aussi… Certes, il y a les sections sportives ; certes, il y a un projet d’un centre d’excellence ; certes, il y a des formations, etc. Mais si nous ne nous confrontons pas suffisamment à un haut niveau, si nous ne nous mettons pas en difficulté tous les week-ends avec un très bon niveau de jeu, nous ne pourrons pas concurrencer et jouer dans la cour des grands, ce n’est pas possible. Qu’est-ce qui a fait la réussite des Tiki Toa, deux fois vice-champions du monde ? Au retour du Brésil en 2013, j’avais annoncé à la Dépêche de Tahiti qu’il était important de professionnaliser notre football, de créer des partenariats avec des clubs d’Amérique du Sud, d’Asie voir de France, je n’ai pas été très suivi ! La FTF a défini d’autres priorités comme le Beach Soccer et le Futsal. Pascal et Marama Vahirua sont revenus au pays, ils redonnent au football ce que le football leur a apporté, Patrice Flaccadori est le chef de fil du Département technique avec toute une équipe autour de lui. Je leur souhaite de tout cœur une réussite totale pour le développement et le rayonnement du football polynésien. »

    Un mot sur les jeunes Polynésiens qui partent côtoyer le football national (Terai BREMOND, Vaihei SAMIN, Kiani WONG…) ?

    « De Vaihei SAMIN à Kiani WONG en passant par Terai BREMOND, je suis super content de leur réussite sportive, de voir de jeunes espoirs du football dans les centres formations ou clubs professionnels… C’est le fruit d’un partenariat entre l’AS Tefana et l’AS St-Étienne, de l’AS Vénus et le Toulouse Fc. En France, voire en Europe, il y a plus de vingt footballeurs calédoniens ; certains professionnels, d’autres à niveau amateur. Eux, ils ont tout compris, je peux vous dire qu’ils seront très durs à battre dans les différentes compétitions organisées par l’OFC. »

    Quels conseils pourrais-tu donner aux autres en étant dans l’hexagone ?

    « “L’homme qui veut faire quelque chose trouve les moyens, celui qui ne veut rien faire trouve des excuses.” Si on a des ambitions, il faut se donner les moyens de réussir, cela passe forcément par du travail, de l’abnégation et du talent. »

    Un mot de fin ?

    « Des remerciements particuliers à ma famille, pour leur soutien inconditionnel. Je n’oublierai jamais mon fenua, ni la Fédération tahitienne de football que je remercie beaucoup, avec de très belles expériences vécues sur ces quinze dernières années, mes amis des îles que je salue bien, bien sûr vous Sportstahiti.com pour cette interview et vous souhaite une bonne continuation. VIVE LE FOOTBALL POLYNÉSIEN, A HI’O TO MOU’A. »

    Signe astrologique : Chien et Sagittaire
    Musiques préférées : Pop Rock (Bees Gees, Tom Jones, Mickael Jackson…) et bien sûr nos musiques locales : Gabilou, Élise, Barthélemy, Angelo…
    Sportif préféré : Sur le plan local Tonton Errol Bennett et Tonton Maco Nena (paix à son âme) par leur carrière sportive mais surtout par les valeurs humaines
    Sur le plan international : Didier DESCHAMPS et Zinedine ZIDANE de par leur réussite sportive en tant que joueurs et entraîneurs maintenant
    Plat préféré : Le sashimi de chez nous

    Vos portraits de sportifs préférés c’est sur www.sportstahiti.com.

    Toanui Maitere

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