• SportsTahiti MAG’ : Cronsteadt family, le sport en famille, c’est possible 

    Vendredi 16 Octobre 2020 – Faire du sport en famille : un objectif difficile à atteindre tant la vie moderne rend nos agendas compliqués. Le travail des parents, l’école des enfants… Et puis, en a-t-on réellement envie puisque la pratique sportive nous sert justement de soupape de décompression par rapport aux soucis professionnels et familiaux ? Nous avons voulu en savoir plus sur le sujet avec la famille Cronsteadt.

    Heilani Sanford-Cronsteadt est fille de pêcheur et baigne dans le milieu de la glisse depuis son enfance. Georges, lui, est un champion de va’a qui a ramé avec les meilleures équipes de Polynésie avant de devenir le précurseur du stand up paddle race tahitien, évoluant même à l’international jusqu’à atteindre en 2014 la quatrième place du circuit mondial, excusez du peu !

    Mais ces résultats à l’international ont un prix et c’est la famille tout entière qui a dû le payer en raison des absences répétées du champion. Nouvelle-Zélande, États-Unis, Europe… Georges a sillonné le monde et a été, grâce au soutien d’Air Tahiti Nui, un véritable ambassadeur de la Polynésie. Heilani a également goûté au monde de la compétition en participant aux Pacific Paddle Games en Californie, la plus grosse compétition de stand up race.

    Georges, qui aura quarante ans cette année, pense désormais à la reconversion auprès des siens. Nous les avons retrouvés tous les quatre à Taharu’u pour une session idyllique. SUP, longboard, short board, body board, la famille waterman était de sortie… Heilani a su garder le cap pendant les absences du capitaine Cronsteadt et aujourd’hui, les résultats de Georges à l’international n’auront pas été vains. Il est un exemple pour plusieurs générations de sportifs polynésiens, la preuve que « c’est possible » : un Tahitien peut rivaliser avec les meilleurs paddlers professionnels. On en oublierait presque que Georges a dû gérer son métier de postier en parallèle…

    Surtout, il est devenu un héros pour ses deux fils à qui il transmet, par l’exemple, des valeurs comme la persévérance, la confiance en soi, la volonté de dépassement de soi… Pour l’instant, les deux garçons préfèrent le surf à la rame « parce que c’est plus facile ! », s’exclame Georges avec bienveillance. On peut lui faire confiance, il saura transmettre certainement ce goût de l’effort qui caractérise le rameur, ce même goût de l’effort qui a permis aux ancêtres polynésiens de traverser les océans… Merci pour tout Georges et bravo pour l’exemple !

    Le couple Cronsteadt n’est pas uniquement focalisé sur ses enfants, il a proposé aux instances communales de Teva i Uta la mise en place d’une activité stand up paddle destinée aux jeunes de la commune. Georges y croit dur comme fer, le sport est une excellente manière de se construire en évitant les fléaux drogue-alcool qui affectent la Polynésie… Puisse-t-il être entendu !

    Georges Cronsteadt :

    Sport et famille, c’est compliqué ?

    « Non, pas quand c’est pour le fun, mais quand tu veux aller vers la performance, il y a plus de sacrifices à faire, tu rentres dans une espèce de bulle où tu ne fais plus attention au reste. C’est ce qui s’est passé un peu pour moi, j’avais un peu délaissé la famille. C’est pour cela que je tiens à remercier Heilani qui a fait ce qu’il fallait et, aujourd’hui, nos enfants sont là à la mer et en très bonne santé. À mon âge, il faut maintenant que je me reconvertisse et que je sois plus derrière eux pour leur donner ce qu’il faut pour leur futur, pour rattraper le temps perdu même si je pense qu’ils ont compris que je ne m’absentais pas pour aller m’amuser mais pour accomplir quelque chose. Dans le sport, il y a la partie fun et la partie performance avec le sérieux et la persévérance qui vont avec. »

    Comment se passe la transmission ?

    « Naturellement, je les laisse libres. Ils ont commencé avec le football, le skate, aujourd’hui ils pratiquent le surf… jusqu’au moment où ils devront s’impliquer vraiment dans quelque chose qui va leur servir plus tard. Pour un Polynésien, comme pour tout un chacun, le sport c’est important. On a besoin de ça, on a besoin d’infrastructures, on a besoin du soutien du Pays pour notre jeunesse parce que je vois qu’elle est un peu délaissée. Dans notre commune à Mataiea, je vois plein de jeunes au bord de la route, cela me fait mal car il y a eu beaucoup de champions de pirogue, de surf, de football et même de boxe qui sont issus de Mataiea… Ce serait dommage de passer à côté de quelque chose qui va leur permettre plus tard de fonder une famille et de réussir dans la vie. »

    Que retiens-tu de ton expérience à l’international ?

    « Entre le sport ici et à l’extérieur, c’est le jour et la nuit. C’est une belle expérience, mais je préfère mille fois être ici à Tahiti et surfer avec les enfants, partager notre sport avec les jeunes et leur donner cette envie de faire du sport. Le but dans tout ça, c’est de leur permettre de se construire pour leur permettre de trouver un travail pour se nourrir et fonder une famille. On peut être fiers de nos enfants. Ici, à Tahiti, on a les outils pour arriver à quelque chose. On est entourés d’eau… Il faut aller frapper à la porte des bonnes personnes pour pouvoir mettre des projets en place pour la jeunesse. »

    Heilani Cronsteadt

    Parole à Heilani Cronsteadt :

    La mer et toi, c’est une histoire de famille ?

    « Mon père est pêcheur, le surf a toujours été présent dans la famille. Avec Georges, on s’est bien trouvés : moi c’est la glisse et lui la rame. On est tous attirés par l’océan. Chacun apporte quelque chose. Georges va apporter ce qui est lié à la rame, ce qui est extrême, il va nous pousser à notre maximum pour nous faire prendre conscience de nos capacités, de nos compétences. Même si dans la famille, comme dans d’autres familles polynésiennes, on a déjà des affinités avec la mer, il a ce petit truc en plus qui va nous aider à nous dépasser. »

    Au niveau de l’organisation ?

    « Cela se fait naturellement, on se fait des sessions comme aujourd’hui, soit à Papara, soit à Mataiea, cela dépend des conditions météo et des disponibilités de chacun. On ne fait pas tout le temps la même chose. Petits, on a connu la pêche avec nos cousins et cousines et comme on a des planches de SUP, on peut aller pêcher avec des équipements qui ne polluent pas. Cela nous permet de faire du sport et de ramener à manger. C’est ça qu’on veut leur transmettre. »

    La compétition de haut niveau ?

    « C’est une ouverture d’esprit, mais on n’a pas eu à chaque fois la possibilité de voyager avec lui, donc les enfants ont été souvent sans leur papa, je peux dire que c’est à double tranchant. Mais c’est sûr qu’il reste un exemple. Je me suis mise à la compétition il n’y a pas longtemps et cela a été un peu compliqué. On a dû jongler avec la préparation, je me suis aperçue que ce n’était pas du tout facile et j’ai compris certaines choses aussi par rapport à Georges. »

    Tamahau et Tamaroa Cronsteadt

    Parole à Tamaroa Cronsteadt, treize ans :

    « Mes parents m’ont emmené surfer et faire du paddle lorsque j’avais quatre ans. J’avais un peu peur au début mais maintenant c’est bon, j’aime bien. Ce que je préfère, pour le moment, c’est le surf. C’est bien de pouvoir faire du sport en famille, je me sens plus en sécurité. Je fais essentiellement des sports de mer. Je me sens comme attiré. Mes sportifs préférés sont mes parents, je les admire. Je suis en cinquième au collège de Teva i Uta, je ne sais pas encore ce que je veux faire plus tard. Souvent, on fait du sport après l’école, avec maman, presque tous les jours, mais les devoirs passent en priorité. Quand je vois mon père dans les médias, je ressens de la fierté. Cela me motive. »

    Parole à Tamahau, dix ans et demi :

    « J’ai commencé le sport avec le paddle. J’ai aimé. Après, j’ai fait du surf et du football. J’ai aussi essayé dernièrement le foil, c’était super, j’ai réussi à me lever. C’était bien. J’aime bien être avec mes parents pour faire du sport. Des fois, on va à la pêche, d’autres fois on va ramer ou on va dans les vagues. On fait du sport le week-end mais aussi parfois en semaine. Le matin on surfe, en milieu de journée les devoirs et l’après-midi surf encore ! Pas trop de rame pour l’instant… J’aime bien aussi le cross que l’on fait à l’école, j’aime bien courir et pourquoi pas gagner aussi ! Plus tard, j’aimerais être surfeur ou stewart ! »

    Les portraits de vos sportifs préférés sur www.sportstahiti.com.

    SB

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